| Dans
le cristal qui chante, verse, verse le vin ! verse encore et toujours, que je
puisse oublier la tristesse des jours... Émile
Nelligan (La romance du vin -1899) Le
Cycle de la vigne Les
aventures d'un petit grain de raisin
De
toutes les étapes du cycle végétatif de la vigne la plus
importante est le démarrage de la végétation vers la fin
d'avril, car en démarrant tôt, le petit grain de raisin a toutes
les chances d'aboutir à une maturation optimale avant que ne s'installe
l'automne, et la froidure. On considère qu'il faut au minimum 160 jours
sans gel pour que le petit grain de raisin ne devienne grand et arrive à
presque maturité; des conditions que l'on ne trouve que dans le sud-ouest
du Québec. C'est la raison pour laquelle il est si difficile de réussir
un bon vin rouge au Québec; le grain de raisin rouge ayant besoin d'une
plus grande maturité que le grain de raisin blanc. Il faut donc des grains
rouge très mûrs pour que le moût servant à l'élaboration
du vin rouge ne soit pas trop acide. Par contre, le vin blanc pourra être
excellent même si le grain de raisin n'est pas encore arrivé à
pleine maturité; le taux d'acidité du vin blanc étant un
peu plus élevé que celui du rouge.
Mais
attention ! Un débourrement précoce accroît les risques de
gelées printanières. C'est pourquoi une étendue d'eau comme
le lac des Deux-Montagnes nous est si bénéfique en début
mai. Comme les vents froids dominants nous viennent de l'ouest ou du nord et que
nous sommes situés au sud du lac, nous évitons presque toujours
les gelées printanières et automnales.
En
juin, c'est la conception et la naissance du petit grain de raisin; la floraison
doit être rapide et surtout homogène, sinon le grain de raisin qui
se développera par la suite n'atteindra pas son niveau de maturité
optimale en même temps que ses petits cousins sur les autres grappes. Une
belle floraison nécessite une à deux semaines de beau temps sec
et venteux. Pour nous aider à la pollinisation des fleurs, nous comptons
principalement sur l'aide des abeilles qui viennent butiner les fleurs des vignes.
Pour ce faire, nous avons déplacé une immense
ruche d'abeilles sauvages, qui avait élu domicile dans le tronc d'un
grand frêne qui se mourait dans notre boisé en haut de la rivière,
à proximité des vignes. En effet, les abeilles peuvent faire jusqu'à
un demi-kilomètre pour trouver le nectar des fleurs. En ayant une ruche
à proximité des rangs de vigne, nous favorisons ainsi la naissance
du plus grand nombre de petits grains de raisin possible.
Fin
août, début septembre, la maturation du grain de raisin exige de
la chaleur, beaucoup de soleil et très peu de pluie. C'est la phase la
plus importante dans l'aventure du grain de raisin; si tout se passe bien, petit
grain de raisin deviendra grand! Une maturation qui traîne en longueur faute
de beau temps ou des journées pluvieuses favoriseront le développement
de parasites et des maladies fongiques comme la pourriture grise qui pourraient
tuer le grain de raisin et ainsi mettre fin à son aventure. L'automne c'est
aussi la saison qui marque le début de l'aoûtement (à partir
de la fin du mois d'août); c'est la phase où les tiges vertes de
la vigne se transforment en bois, comme l'écorce des arbres. Des automnes
trop courts ne pourraient permettre aux vignes d'aoûter totalement, ce qui
les affaibliraient et les rendraient vulnérable aux froids d'hiver. La
taille au vert facilite aussi l'aoûtement, la vigne ayant moins de sarments
à lignifier.
Finalement
au début d'octobre, le grain de raisin est arrivé à pleine
maturité et regorge de sucre
Bientôt il sera cueilli par le
vigneron. C'est le début des vendanges. Celles-ci doivent de préférence
se dérouler par temps sec pour éviter la dilution des grains de
raisin. En effet, lorsqu'il pleut, la vigne se gorge d'eau, par ricochet le grain
de raisin contient alors plus d'eau. Le moût ainsi obtenu est légèrement
dilué et aura une concentration moindre en sucre. Un grain de raisin à
vin mûr contient approximativement 80 % d'eau. Mais il n'est pas inhabituel
de récolter des raisins ayant jusqu'à 21, 22 Brix, c'est à
dire 21 à 22% de sucre dans le grain de raisin. On mesure le taux de sucre
avant les vendanges avec un réfractomètre; un petit appareil dans
lequel on dépose un échantillon de jus et, par réfraction,
on obtient une mesure assez juste du potentiel sucré des grains de raisin.
Le vigneron expérimenté peut aussi avoir une bonne idée du
taux de sucre et de l'acidité du raisin en le goûtant. Après
les vendanges, on fait une mesure par densité du moût pour obtenir
le potentiel de sucre à transformer en alcool. Notez bien que tout le sucre
n'est pas nécessairement transformé en alcool; les vins doux, les
vins secs et les vins de glace contiennent tous des niveaux de sucre résiduels
différents
Certains
viticulteurs rajoutent du sucre lorsque les grains de raisin ne sont pas assez
mûrs; c'est ce que l'on appelle la chaptalisation. C'est parfois ce que
font les viticulteurs lorsque les automnes ne sont pas assez cléments et
que le grain de raisin n'arrive pas à parfaite maturité, ou lorsque
l'on cultive la vigne sous les climats moins cléments du Québec.
Le problème est souvent double car ces grains de raisin immatures sont
aussi trop acides. On doit alors désacidifier le moût en utilisant
du carbonate de calcium ou d'autres produits désacidifiant. Cependant,
une chose demeure certaine; cela prend de bons grains de raisin pour faire du
bon vin
Et l'on doit avoir de bons cépages pour faire de bons raisins
Et
il y a le climat ! On ne peut que féliciter les vignerons du Québec
pour leur courage et qui, malgré des conditions climatiques peu favorables,
réussissent à élaborer des vins qui font de plus en plus
la renommé du Québec ! Je lève mon verre bien haut. À
la vôtre ! Cul sec ! Cento anni! Beifall! Cheers !
Les
grains de raisin servant à l'élaboration du vin blanc sont alors
foulés ( on sépare les grains de la grappe), et pressés.
Le jus ainsi récolté, appelé le moût, est ensuite mis
dans une cuve où il fermentera doucement grâce aux levures. Les levures
peuvent être naturelles, ( elles se trouvent sur la pruine, la peau du grain
de raisin ) ou le vinificateur peut décider d'en ajouter une combinaison
qui donnera un type particulier de vin; plus ou moins alcoolisé, doux ou
fruité. Certaines levures ont un pouvoir de transformation de sucre en
alcool pouvant aller jusqu'à 18%, d'autres s'arrêteront à
11%, donnant ainsi des vins plus doux avec un niveau de sucre résiduel
plus élevé.
Pour
le vin rouge, les grains de raisins sont foulés et mis dans des cuves avec
un certain pourcentage de la grappe, appelée rafle, et fermentent pendant
une période déterminée par le viticulteur; une à deux
semaines environ selon la couleur et le type de vin recherché. Les peaux
macérant ainsi dans le moût donnent au vin rouge sa couleur; d'un
rouge rubis au gros rouge qui tache et ses qualités olfactives ou tanniques.
Plusieurs techniques sont utilisées; macération carbonique ou oxydation
dans une cuve ouverte, ce qui donnera des vins aux textures différentes.
Le moût, qui est maintenant du vin, est ensuite pressé et retourné
dans une cuve où la fermentation sera complétée.
Certains
grains de raisin on la particularité d'avoir la peau rouge, violette ou
noire, mais donnent un jus ambré ou sans couleur particulière lorsque
pressés; c'est le cas des grains de raisin issus du cépage Noble
Pinot Noir. En effet, la peau du grain de raisin Pinot Noir est foncée,
presque noire, mais le jus qui s'écoule lors de la taille (pressé)
est plutôt de couleur neutre et peut servir à élaborer les
vins blancs, comme les Blanc de Noir élaborés en Champagne s'ils
sont vinifiés comme les grains de raisin blanc, ou des vins rouges si on
laisse les grains de raisins à peau noire macérer dans le moût.
Plus on laisse la peau en contact avec le moût, plus le vin sera d'une couleur
rubis foncée. Une saignée est effectuée pour faire le vin
rosé; on utilise la même technique que pour faire le vin rouge mais
on 'saigne' la cuve après quelques jours de macération pelliculaire
en laissant s'écouler le jus partiellement vinifié lorsque la couleur
rosée est obtenue; ce moût continuera alors de fermenter dans une
autre cuve pour donner un vin rosé.
Avant
la venue de l'hiver, les vitis vinefera sont taillées court puis sont buttées
pour protéger la vigne qui, autrement, ne résisterait pas à
nos hivers rigoureux. Si le petit grain de raisin veut naître l'année
suivante, il faut protéger le cep porteur de vie. En effet, les variétés
vitis (comme le Riesling) les plus rustiques vont voir leurs bourgeons (primaires
et secondaires) mourir ou être sérieusement endommagés par
le froid à partir de -18, -20 C ( selon des études faites dans l'état
de New York). Si les bourgeons primaires et secondaires ne résistent pas
à l'hiver, la vigne ne donnera jamais de fruits et pourrait mourir, car
les bourgeons fructifères se trouvent sur les sarments de l'année
précédente. Comme nos hivers sont froids et que le mercure descend
facilement jusqu'à -30 C l'hiver dans le sud-ouest du Québec, il
est impératif de protéger ces variétés de vigne. Pour
protéger nos cépages Nobles, nous utilisons de la paille mélangée
à du fumier de mouton à demi composté ( de notre élevage
ovin) que nous recouvrons d'une butte de terre d'environ 25 cm. Ce n'est pas parce
qu'on met tes parents dans la 'marde' qu'on te veut du mal, petit grain de raisin!
Mais
l'aventure du grain de raisin n'est pas encore terminée. Certains grains
de raisin sont sélectionnés pour le vin de glace. (Les vendanges
de glace, en cet hiver 2005/2006, ont été réalisées
les 2 et 3 janvier alors que le mercure oscillait entre -10 et -12 C. ) Les grains
frissonnants dans les filets sont récoltés, et sont foulés
et pressés à l'extérieur alors qu'ils sont toujours surgelés.
Les grains de raisin prennent alors la texture d'une 'slush' très dense
qui se tient comme un pain de glace, car l'eau à l'intérieur du
raisin est toujours congelée. Cet amas de glace très sucé
est alors pressé à froid; quelques gouttes de jus fortement concentré
s'écoulent alors de la presse. Les grains de raisin glacé donnent
un moût qui fait environ 40% de sucre; la densité s'établissant
aux alentours de 1174 sur le densimètre
Il faut environ six fois
plus de raisins pour faire une bouteille de vin de glace !
C'est
la fin de l'aventure du petit grain de raisin. Vers la fin de l'hiver, les vignes
qui n'ont pas de protection hivernale sont taillées pour les ramener à
des proportions plus raisonnables et pour limiter le nombre de grappes de raisins
sur les ceps. Nous ne conservons que 12 à 25 grappes de raisins par vignes,
selon la variété; moins il y a de grappes de raisins par ceps, plus
grande est la concentration de sucres dans les baies. Une vigne donne au maximum
un litre de moût; avec un litre de moût on fait une bouteille de vin
750 ml; il faut l'équivalent de six vignes pour faire une seule bouteille
de vin de glace.
Au
printemps début avril, on débute les vignes. La butte de terre de
même que le fumier de paille de mouton sont alors enlevés, le fumier
étant utilisé pour fertiliser la vigne. Il sera enfoui plus tard
dans le sol lors des nombreux désherbages mécaniques grâce
à la herse à roulette ou au vibroculteur. Si les froids de l'hiver
ont épargné les ceps et que les bourgeons n'ont pas été
trop endommagés par le 'dé-buttage', l'aventure du petit grains
de raisin recommence
Le cycle de la vigne en résumé
·
Les pleurs
À la mi-avril, la sève commence à apparaître à
l'extrémité des tiges qui ont été taillées
vers la fin de l'hiver; ce sont les pleurs. Selon le terroir et le type de conduite
de la vigne choisi, chaque cep perdra quelques litres de sève.
·
Le débourrement
Vers
le début mai on assiste à l'éclosion des bourgeons ; c'est
le débourrement. Il est plus précoce pour les cépages comme
le Baco Noir et le Chardonnay, tardif pour le sauvignon blanc, alors que celui
du Pinot Noir se situe entre les deux extrêmes.
·
L'inflorescence
À la suite du débourrement, les rameaux et le feuillage se développent,
puis apparaissent de petites grappes avec des boutons minuscules qui vont grossir
et devenir des fleurs.
· La floraison
Les fleurs apparaissent vers la mi-juin et durent de dix à vingt jours
pendant lesquels la vigne est très vulnérable au gel.
·
La nouaison
Chaque
fleur fécondée devient un grain de raisin; la proportion des fleurs
fécondées dépend beaucoup du cépage et de l'aide des
insectes pollinisateurs comme les abeilles.
· La croissance
Pendant l'été, chaque grain de raisin croît en volume sans
changement important de sa composition chimique, si ce n'est une légère
augmentation de son acidité.
·
Véraison et maturation
En
général à la mi-août, la peau du raisin commence à
changer de couleur : de verte foncé, elle devient, selon le cépage,
blanc verdâtre, doré, orangé ou encore violacé. C'est
le début de la maturation proprement dite, au cours de laquelle le grain
va continuer à grossir. La maturité du raisin correspond à
l'équilibre entre le maximum en sucre qu'il peut contenir versus le degré
d'acidité. La maturation dure jusqu'au mois d'octobre. ·
Aoûtement Les
sarments de la vigne commencent à se lignifier; c'est à dire que
les tiges souples et flexibles se transforme graduellement en bois.
· Vendanges
C'est la cueillette des grappes de raisin que l'on presse par la suite pour en
extraire le jus appelé moût.
· Vendanges tardives; Passerillage
Si on décide de retarder les vendanges, on assiste alors à la dessication
(perte d'une partie de l'eau que contient le grain) du raisin et, par voie de
conséquence, à l'augmentation du taux de sucre. En effet, lorsque
le raisin est parvenu à maturité, les échanges cessent entre
lui et la plante. La peau du raisin devient perméable, et l'eau contenue
dans le raisin commence à s'évaporer. C'est le passerillage sur
pied.
· Vendanges de glace Si
on laisse le raisin sur la vigne et qu'on le récolte à des températures
variant entre -10 C et -12 C, on concentre encore plus le sucre car, sous l'effet
du gel, l'eau présente à l'intérieur du grain de raisin se
trouve gelée. Si l'on presse ces grains de raisin de glace, on obtient
alors un moût super concentré
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